.

"le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques"
- Plutarque

Tuesday, March 3, 2015

Austerity fuels the spread of poverty

At the end of February, Caritas International has released its 2015 Report on poverty within the European Union. According to its authors, six years of enforced budgetary authority have gravely affected 125 million EU citizens who are now forced to live under the poverty thresholds of their respective countries.

The worst-hit countries are EU members such as Bulgaria and Romania, where more than 40 percent of the population earn incomes below the official poverty threshold. The spread of poverty, however, has not spared prosperous countries like Germany either, where the number of people living in poverty has reached a whopping 12 million.

The authors of the report imply that more austerity can only fuel the spread of poverty and the potential for social strife in affected countries.

Wednesday, October 22, 2014

Eugène Buret on Poverty

One hundred and eighty years ago (1834) , the newly-founded Academy for Moral and Political Sciences in Paris organized a competition for the best research paper on the causes and various manifestations of poverty in Europe.  The best research paper on the subject, which won its author  a 2,500 francs prize offered by baron Félix de Beaujour, was “De la Misère des classes laborieuses en Angleterre et en France : de la nature de la misère, de son existence, de ses effets, de ses causes, et de l'insuffisance des remèdes qu'on lui a opposés jusqu'ici, avec les moyens propres à en affranchir les sociétés” by the young journalist and economist Eugène Buret.

In 1840, he expanded his research paper and published it in book form. His views on poverty and on the new science of economics are clearly expressed in the book’s  100-page introduction. Buret’s ideas greatly influenced Karl Marx , whose “1844 Manuscripts” contains lengthy passages from  the French economist’s book. Following into the footsteps of Adam Smith, who conveniently forgot to mention the fact that his labour theory of value was based on the earlier work of French economist Pierre de Boisguilbert, Marx did not mention Buret , not even once, in his writings (for details see Francois Vatin, "Le travail, la servitude et la vie. Avant Marx et Polanyi, Eugène", 2001-2002)

The originality  and importance of Eugène Buret’s work, now sadly ignored even by French historians, can hardly be overstated. His critique of the mainstream economists of his time (David Ricardo, J.-B. Say) is surprisingly relevant  today. Buret was among the few economists of his time to incriminate the orthodox economists’ obssession with wealth creation as well as their total neglect of the ill-effects engendered by capitalist production and distribution methods:

“(…) when it comes to looking into the wealth of nations, we should also look into the misery of nations. This second part of the economic science does more than just complete the first, it proves it, criticizes and verifies it. Why was it then excluded from investigation ?” (Eugène Buret, De la misère des classes laborieuses…”, Introduction, p.13)

To be sure, Buret’s question is as valid today as it was in 1840.  Unfortunately, today’s economists still find it difficult to come to terms with the history of their own science, let alone include the study of poverty as a topic of mainstream economic research.

This is however essential, if finding solutions to alleviate it or even do away with it are to be envisaged. What we could perhaps all do without is see the issue of poverty appropriated, yet again, by latter-day revolutionaries in the quest for a political cause.


Sunday, May 18, 2014

Le pape François et "l'économie des retombées"

L'Eglise romano-catholique a toujours été concernée avec les aides pour les pauvres, leur éducation et leur bien-être. Les derniers trente ans, toutefois, la plus puissante église chrétienne du monde a pris congé de ce devoir millénaire, sous les pontificats des papes Jean Paul II et Benoît XVI. Pendant cette période, le problème de la pauvreté et les prélats qui s'occupaient d'en trouver des solutions ont été marginalisés afin de faire de la place aux préoccupations de doctrine et aux prêtres très conservateurs, voire réactionnaires.
L'année passée, l'intronisation du pape François a sonné le glas de l'odyssée libérale de l'Eglise catholique. Parmi les papes des derniers cinquante ans, Pape François jouit d'une réputation de professionnel des aides aux pauvres. Dans sa première exhortation apostolique, La joie de l'Evangile, le pape se moque de l'économie des retombées, selon lui incapable, sans l'appui de l'Etat, de réduire les inégalités sociales ou de vraiment contribuer à réduire la pauvreté. Allant à rebours, le Pape François prône
« la redistribution légitime des bénéfices économiques par l'Etat, aussi bien que la coopération indispensable entre le secteur privé et la société civile » afin de réduire la pauvreté dans le monde. Lors de sa rencontre du mois de mai avec le secrétaire des Nations unies Ban Ki-moon, ce véritable « pape des pauvres » a aussi demandé à l'organisation d'établir des objectifs plus ambitieux dans sa lutte contre la pauvreté et d'adopter des mesures « ayant un impact réel sur les causes structurelles de la pauvreté et de la faim ».

Sunday, February 23, 2014

L'Europe à la traîne

Dans une enquête de 68 pages publiée récemment, la Croix Rouge Internationale révèle que, à la suite de la crise financière et en lien direct avec les politiques d'austérité, plus de 120 millions d'européens risquent de basculer dans la pauvreté et que 40 millions ne peuvent déjà pas manger à leur faim. La secrétaire générale de la Federation Internationale de la Croix Rouge (FICR), Madame Bekele Geleta, a déclaré que tandis que d'autres continents ont réussi à réduire la pauvreté, en Europe celle-ci est à la hausse. L'étude de la Croix Rouge a utilisé les données d'Eurostat recueillies dans 52 pays européens.

L'enjeu le plus grave n'est pas seulement la situation des pauvres qui deviennent ainsi encore plus pauvres, mais l'apparition d'une nouvelle catégorie de gens qui auparavant n'ont jamais fait appel aux prestations sociales. Ces « nouveaux pauvres » sont des membres de la classe moyenne qui depuis quelque temps ont du mal à nourrir leur familles. En 2012 3,5 millions d'européens ont été contraints de faire appel à la Croix Rouge pour des dépannages alimentaires, une augmentation de 75% depuis 2009.

Les graves problèmes humanitaires – pauvreté, chômage, instabilité sociale – signalés par l'enquête ont frappé non seulement des pays comme la Grèce et l'Espagne, mais touchent également l'Allemagne et la France. Selon le représentant de la Croix Rouge française, un tiers des bénéficiaires d'aide n'auraient pas été capables de régler leur loyer en l'absence des dons alimentaires de l'organisation.

Le sondage a mis à nu la précarité des conditions de vie de beaucoup d'employés allemands. Presque 25% de la force ouvrière allemande travaille pour des salaires très bas et les emplois crées depuis 2008 sont des CDD à faible rémunération qui ne sont pas accompagnés de couverture sociale. Par conséquent 600,000 de salariés allemands ne gagnent pas assez d'argent pour vivre et les célèbres « micro-jobs » allemands ont débouché sur l'insécurité de l'emploi.

La situation de la pauvreté est estimée si grave qu'elle a suscité cette réaction de Madame Anita Underlin, chargée de l'activité de la Croix Rouge en Europe :

« il faut faire attention que cette crise humanitaire ne se transforme pas en une crise sociale et morale en Europe ». (Deutsche Welle)

Saturday, February 15, 2014

The fight against poverty in France

When right-wing politicians are talking poverty these days, they like to blame people down on their luck for their problems and stigmatize them as “lazy”, prone to cheat the social security system and more interested in getting handouts from the government than look for a job. This kind of political attitude is more widespread within the UMP, the great loser of the 2012 presidential elections, and harks back to the diatribes against the poor chronicled in 18th century England.

In fact, as François Chérèque - inspector-general for social affairs in charge of the French government’s Plan Against Poverty - has recently explained on public television, the poor are not ones to milk the social system, they’re the ones who don’t know how the system works. Had it been otherwise, some 5,4 billion euros earmarked in the state budget to help the poor would not remain unclaimed every year.

Political disputes along ideological lines apart, because of the dire economic conditions the number of people living below the poverty line has reached a peak in 2011. According to INSEE, there are now about 8,7 million people or 14,3 % of the population earning less than 977 euros a month. Emergency accommodation and social housing are still in short supply and the administrative procedures for claiming entitlements are cumbersome and in many ways dissuasive (La Croix).

On the 21st of January, 2013, however, the French government had adopted a 5-year plan for fighting poverty which was personally endorsed by President François Hollande. One year down the track, even as snags in its application still exist, progress has been made: in simplifying procedures for access to free medical care by poor people, in the provision of year-round emergency accommodation and a campaign aimed at better informing the needy about existing benefits and entitlements.

According to the report M. Chérèque presented last month to the government, much remains to be done towards improving the access of low-income families to social housing, assisting disadvantaged children to overcome difficulties in getting free meals in school cafeterias and in further simplifying procedures for claiming the full range of entitlements which are available to the poor. Citing the growing number of long-term unemployed, however, the authors of the report do not expect the situation to improve significantly until economic growth resumes and, with that, employment prospects for people currently on the dole.

Sunday, February 2, 2014

Barack Obama lutte contre la république bananière

Washington D.C. 28 janvier,2014 - Lors de son discours sur l’état de l'Union, le President Barack Obama a annoncé que la priorité absolue de son administration sera celle de combattre vigoureusement les inégalités qui rongent le tissu social de la république américaine.

En effet, la situation des inégalités entre riches et pauvres aux Etats Unis est bien pire qu'on ne le pense. D’après The Pew Institute (USA) et l'économiste Paul Krugman, entre 2008 et 2012 la plupart de la richesse créée par l'économie américaine, c'est-à dire 95 % du total, s'est retrouvée dans les comptes du top 1 % des ménages les plus fortunés des Etats Unis. Encore plus alarmant, la traditionnelle mobilité sociale qui caractérisait autrefois l'Amérique a tout simplement cessé de fonctionner, tandis que 15 % de la population du pays vit toujours sous le seuil de pauvreté.

L'augmentation du salaire minimum proposée par le Président Obama, de 7,50 à 10,10 dollars de l'heure, pourrait diminuer sensiblement la pauvreté et les inégalités salariales. Malheureusement, cette mesure est censée d'être appliquée pour l'instant seulement aux employés fédéraux, car le Congrès - dominé depuis 2010 par le Parti Républicain – s'obstine à bloquer le passage d'une loi généralisant une telle augmentation. En vérité, Président Obama est contraint de se contenter de gouverner par décret afin d’éviter le blocage parlementaire. Cependant, il doit faire appel au bon sens du public américain qui, à son tour, est devenu très inquiet par le fossé grandissant entre les hauts et les bas revenus. La guerre la plus longue de l'histoire des Etats Unis, la guerre contre la pauvreté, déclenchée il y a 50 ans par le Président Lyndon B. Johnson, est encore loin d'être gagnée.

Sunday, January 26, 2014

Deux visions opposées de la pauvreté  : Amartya Sen contre Jagdish Bhagwati

Depuis quelques mois, le gouvernement indien a décidé de distribuer des céréales aux indiens pauvres à titre gratuit. Cette initiative gouvernementale ne fut pas méconnue en Angleterre aux 17ème et 18éme siècles, mais dans l'un des pays les plus peuplés du monde cela fait figure d'une mesure révolutionnaire.

Elle a suscité deux types de critique, une malthusienne et l'autre néolibérale. La critique malthusienne est assez connue par les spécialistes pour y insister de nouveau ici. La critique néolibérale appartient à Jagdish Bhagwati, économiste indien orthodoxe à la mode, et s'inscrit dans la ligne de pensée qui remonte à Adam Smith il y a plus de deux siècles. Pour le dire en raccourci, Adam Smith pensait que toute intervention gouvernementale afin d'aider les pauvres n'était pas nécessaire, car le développement économique de type capitaliste et l'existence d'un effet mythique de ruissellement (« trickle-down effect ») auraient suffi pour soulager les affres de la pauvreté.

L'économiste Amartya Sen (Prix Nobel de l'économie 1998) a une conception étatiste. Il est également un partisan du projet de loi sur le droit à l’alimentation et soutient en effet les programmes sociaux lancées par le parti du Congrès en Inde, tandis que Jagdish Bhagwati soutient que la croissance économique suffirait afin d'améliorer la vie des pauvres en Inde et ailleurs.  En plus, ce dernier se déclare convaincu que

« La libéralisation du commerce, l’ouverture substantielle du secteur de la distribution et presque toutes les réformes du marché du travail sont toujours au point mort. Cette intensification et cet élargissement des reformes (…)ne pourraient qu’augmenter les effets bénéfiques qu’elles ont eus pour les pauvres et les défavorisés. Ces réformes ont en outre généré des recettes qui peuvent être affectées aux politiques de santé et d’éducation, ce qui améliorera encore le bien-être des pauvres. »

A son tour, Amartya Sen a publié récemment  dans The New York Times un article polémique,  où  il considère que l’écart  le plus important  entre  l’ Inde et la Chine  « concerne l’offre des services publiques essentiels, une défaillance qui fait baisser les niveaux et freine la croissance ».